Le choix entre l'impôt sur le revenu (IR) et l'impôt sur les sociétés (IS) est l'une des décisions fiscales les plus structurantes pour un entrepreneur. Il conditionne la façon dont les bénéfices sont taxés, la rémunération du dirigeant, la protection sociale et la transmission future de l'entreprise. Beaucoup de créateurs tranchent par défaut ou par imitation — sans avoir modélisé l'impact réel sur leur situation personnelle. Ce guide vous donne les clés pour décider en connaissance de cause.
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Les deux logiques fiscales
L'impôt sur le revenu (IR)
À l'IR, l'entreprise est fiscalement transparente : les bénéfices sont imposés directement entre les mains du dirigeant (ou des associés), à proportion de leur participation, au barème progressif de l'impôt sur le revenu — quelle que soit la rémunération effectivement versée.
Ce que ça signifie concrètement : si votre entreprise réalise 80 000 € de bénéfice et que vous êtes l'associé unique, vous serez imposé sur 80 000 € même si vous n'avez prélevé que 40 000 €. Le bénéfice non distribué est quand même taxé à votre taux marginal.
Les structures concernées par défaut : entreprise individuelle (EI), micro-entreprise, EURL, SNC, sociétés civiles. Certaines SAS et SARL peuvent opter pour l'IR temporairement (5 ans maximum).
L'impôt sur les sociétés (IS)
À l'IS, la société est une entité fiscale autonome : elle paie elle-même l'impôt sur ses bénéfices. Le dirigeant n'est imposé que sur ce qu'il perçoit réellement (salaire, dividendes).
Les taux d'IS en 2025 :
- 15 % sur les premiers 42 500 € de bénéfice pour les PME éligibles (CA < 10 M€, capital détenu à 75 % min par des personnes physiques)
- 25 % au-delà
Les structures soumises à l'IS par défaut : SARL (sauf option IR), SAS, SASU, SA, sociétés en commandite.
Les critères de comparaison
1. Le niveau de bénéfice et le taux marginal d'imposition (TMI)
C'est le premier critère à analyser. Comparez le taux effectif d'IS (15 % puis 25 %) à votre TMI à l'IR.
L'IS est généralement avantageux quand :
- Votre TMI est élevé (30 % ou plus)
- Vous n'avez pas besoin de prélever l'intégralité des bénéfices pour vivre
- Vous souhaitez capitaliser des fonds dans l'entreprise pour financer la croissance
L'IR est généralement avantageux quand :
- Votre TMI est faible (0 % ou 11 %)
- Vous avez des charges personnelles importantes à déduire (intérêts d'emprunt, déficits fonciers)
- L'entreprise génère des déficits en phase de démarrage (à l'IR, les déficits s'imputent directement sur votre revenu global, réduisant votre imposition personnelle immédiatement)
2. La rémunération du dirigeant
À l'IR : il n'y a pas de notion de "rémunération du dirigeant" distincte des bénéfices. Le dirigeant est imposé sur la totalité du bénéfice, qu'il se verse un salaire ou non. Les cotisations TNS sont calculées sur le bénéfice net.
À l'IS : la rémunération versée au dirigeant est une charge déductible du résultat de la société. Elle réduit donc l'assiette de l'IS. Le dirigeant est imposé à l'IR sur son salaire et/ou ses dividendes — et peut arbitrer entre les deux pour optimiser.
3. La gestion des déficits
À l'IR : les déficits de l'activité professionnelle s'imputent sur le revenu global du foyer fiscal (dans la limite des plafonds applicables selon la nature de l'activité). C'est un avantage fort en phase de démarrage : si l'entreprise perd 20 000 € la première année, votre impôt personnel diminue d'autant.
À l'IS : les déficits restent dans la société. Ils sont reportables sur les bénéfices futurs (report en avant sans limitation de durée, ou report en arrière sur les 3 exercices précédents dans la limite de 1 M€ — "carry back"). Ils ne réduisent pas directement votre imposition personnelle.
4. Les plus-values de cession
À l'IR : les plus-values de cession de titres d'une entreprise individuelle sont imposées dans la catégorie des BIC ou BNC, avec des régimes d'exonération sous conditions (exonération selon le CA, selon la valeur du fonds, selon la durée d'activité). Ces régimes peuvent être très avantageux.
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À l'IS (titres détenus via une société) : les plus-values sur cession de titres de participation bénéficient du régime des plus-values à long terme si les titres sont détenus depuis plus de 2 ans — taux effectif de 3 % (exonération à 88 %, avec quote-part de frais et charges de 12 % taxée à 25 %). Un avantage majeur pour les sorties via une holding.
Titres détenus en direct par une personne physique à l'IS : soumis au PFU de 30 % (ou barème progressif avec abattement pour durée de détention).
5. La transmission
La transmission d'une entreprise à l'IR (fonds de commerce ou parts d'EI) et d'une société à l'IS suit des régimes fiscaux différents, avec des dispositifs spécifiques dans chaque cas (abattement départ à la retraite, Pacte Dutreil pour la transmission familiale). En général, la transmission d'une société à l'IS via une holding bénéficie d'une fiscalité plus favorable.
Tableau de synthèse comparatif
| Critère | IR | IS |
|---|---|---|
| Base d'imposition | Bénéfice total (même non prélevé) | Bénéfice après rémunération dirigeant |
| Taux | TMI du foyer (jusqu'à 45 %) | 15 % puis 25 % |
| Déficits | Imputables sur revenu global | Reportables en avant/arrière |
| Rémunération dirigeant | = Bénéfice (pas de salaire distinct) | Charge déductible de l'IS |
| Dividendes | N/A | PFU 30 % ou barème IR |
| Protection sociale | TNS (cotisations sur bénéfice) | Assimilé salarié (cotisations sur salaire) |
| Plus-values de cession | Régimes BIC/BNC avec exonérations | PFU 30 % (direct) ou quasi-exonération (holding) |
| Idéal pour | Démarrage avec déficits, TMI faible | TMI élevé, capitalisation, cession future |
Les situations particulières
L'option IR pour une SAS ou SARL
Les SARL créées depuis moins de 5 ans et les SAS/SASU récentes peuvent opter temporairement pour l'IR (5 exercices maximum, irrévocable avant le terme). Cette option est intéressante si :
- L'entreprise est en phase de démarrage avec des déficits prévus
- Les associés ont un TMI faible les premières années
- On souhaite imputer les déficits sur le revenu global pour réduire l'imposition personnelle
À l'issue des 5 ans, la société revient automatiquement à l'IS.
Le changement de régime
Une entreprise individuelle à l'IR peut passer à l'IS en se transformant en société (EURL → SARL ou EURL imposée à l'IS). Cette opération est possible mais peut entraîner des conséquences fiscales (imposition des réserves latentes).
Une société à l'IS peut difficilement revenir à l'IR une fois l'option exercée pour la durée. La décision doit donc être prise avec soin.
La simulation : l'outil indispensable
Aucune règle générale ne remplace une simulation personnalisée. Faites modéliser les deux scénarios par votre expert-comptable sur la base de :
- Votre bénéfice prévu les 3 premières années
- Votre TMI actuel et prévu
- Vos besoins de prélèvement personnel
- Vos projets de transmission ou de cession à 5-10 ans
- Le montant de vos autres revenus du foyer fiscal
Cette modélisation, qui représente quelques heures d'honoraires, peut vous faire économiser des milliers d'euros sur la durée.
Pour approfondir les implications fiscales selon la forme juridique choisie, consultez notre comparatif des statuts juridiques. Pour les questions de rémunération du dirigeant à l'IS, consultez notre page sur les dividendes et la rémunération du dirigeant.
Disclaimer
Ces informations sont à titre indicatif. Consultez un expert-comptable, un avocat ou un conseiller juridique pour toute décision.