Lancer une entreprise mobilise tellement d'énergie sur le fond — le produit, les premiers clients, le financement — qu'il est fréquent de négliger les aspects administratifs et opérationnels. Or une formalité oubliée ou une obligation méconnue peut avoir des conséquences lourdes : redressement fiscal, litige prud'homal, invalidation d'un contrat.
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Cette checklist couvre l'ensemble des étapes à valider avant et pendant les premières semaines d'activité. Elle est organisée par thème et par ordre chronologique logique.
Avant de démarrer : les fondations juridiques
Choisir et immatriculer sa structure
- Statut juridique choisi et validé avec un expert-comptable ou un avocat
- Dénomination sociale vérifiée (disponibilité sur l'INPI — base Marques et dénominations)
- Statuts rédigés (pour les sociétés) — faire relire par un professionnel
- Capital social déposé sur un compte bloqué (pour les sociétés)
- Annonce légale de constitution publiée dans un journal habilité ou sur une plateforme en ligne
- Dossier d'immatriculation déposé sur le guichet unique (formalites.entreprises.gouv.fr)
- Numéro SIREN / SIRET reçu — conserver précieusement
- Code APE vérifié — correspond-il bien à votre activité principale ? (en cas d'erreur, demander la correction à l'INSEE)
- Extrait Kbis obtenu (pour les sociétés) ou attestation d'inscription (pour les EI et micro-entreprises)
Protéger son identité et ses actifs
- Nom commercial, slogan ou logo déposé à l'INPI si différenciant (dépôt de marque, ~250 € pour une classe)
- Nom de domaine réservé (.fr et .com à minima) — vérifier la cohérence avec la dénomination sociale
- Droits d'auteur sur les créations originales documentés (contrats de cession si réalisées par des tiers)
- Accord de confidentialité (NDA) préparé pour les discussions avec prestataires et partenaires sensibles
Les obligations fiscales
- Régime de TVA identifié : franchise en base, réel simplifié ou réel normal
- Option TVA exercée si nécessaire (certaines activités exonérées peuvent opter pour la TVA)
- Régime d'imposition sur les bénéfices confirmé : IR ou IS
- Premier acompte d'IS ou premier versement libératoire programmé si applicable
- Compte bancaire professionnel ouvert et séparé des finances personnelles (obligatoire pour les sociétés, fortement recommandé pour les EI)
- Expert-comptable ou logiciel de comptabilité choisi et configuré
- Numéro de TVA intracommunautaire obtenu auprès du SIE (Service des Impôts des Entreprises) si vous avez des clients ou fournisseurs dans l'UE
Les obligations sociales
Pour le dirigeant
- Affiliation à la SSI (Sécurité Sociale des Indépendants) confirmée pour les TNS — ou premier bulletin de salaire émis pour les assimilés salariés
- Régime de retraite complémentaire identifié (Cipav pour certaines professions libérales, SSI pour les autres TNS)
- Prévoyance individuelle souscrite (arrêt de travail, invalidité) — la couverture des indépendants est souvent insuffisante
- Besoin en protection chômage évalué — souscription à une assurance chômage facultative si souhaité (GSC, Appi, etc.)
Pour les premiers salariés (si applicable)
- DPAE (Déclaration Préalable à l'Embauche) effectuée avant chaque prise de poste
- Contrat de travail signé avant le premier jour
- Affiliation à une caisse de retraite complémentaire (Agirc-Arrco)
- Adhésion à un service de santé au travail (visite médicale d'embauche obligatoire)
- Mutuelle d'entreprise souscrite (obligation dès le 1er salarié en CDI) et notice remise au salarié
- Règlement intérieur rédigé et affiché (obligatoire dès 50 salariés, recommandé dès le 1er)
Les assurances professionnelles
- Responsabilité Civile Professionnelle (RC Pro) souscrite — couvre les dommages causés à des tiers dans le cadre de l'activité (obligatoire pour les professions réglementées, indispensable pour toutes les autres)
- Garantie Décennale souscrite si activité dans le BTP (obligatoire avant tout chantier)
- Multirisque professionnelle souscrite si vous avez des locaux, du matériel ou des stocks
- Protection juridique souscrite — couvre les frais de défense en cas de litige (commercial, prud'homal, fiscal)
- Assurance homme-clé évaluée si la continuité de l'activité dépend d'une ou deux personnes
La mise en conformité RGPD
- Registre des traitements de données créé (obligatoire pour toute entreprise traitant des données personnelles)
- Politique de confidentialité rédigée et publiée sur le site web
- Mentions légales du site web à jour et conformes
- Bandeau de gestion des cookies conforme aux recommandations de la CNIL
- Formulaires de collecte de données intégrant les mentions d'information obligatoires
- Procédure interne de gestion des demandes d'accès, de rectification et de suppression des données
Les outils et l'organisation opérationnelle
Outils indispensables au démarrage
- Adresse email professionnelle créée sur votre nom de domaine (éviter les adresses @gmail ou @hotmail pour des raisons de crédibilité)
- Signature email professionnelle configurée (nom, fonction, coordonnées, mentions légales si nécessaire)
- Outil de facturation choisi et configuré (Pennylane, Fresha, Sellsy, ou simplement un template Word/Excel pour démarrer)
- Mentions obligatoires sur les factures vérifiées : numéro SIREN, numéro de TVA, RCS, conditions de règlement, pénalités de retard
- Conditions Générales de Vente (CGV) ou Conditions Générales de Prestation de Services (CGPS) rédigées — obligatoires pour toute activité B2B
- Outil de gestion de la relation client (CRM) choisi, même sommaire (un tableur peut suffire pour démarrer)
La présence digitale minimale
- Site web opérationnel ou a minima une landing page avec vos coordonnées et votre offre
- Fiche Google Business Profile créée et complétée (anciennement Google My Business) — essentiel pour le référencement local
- Profil LinkedIn de l'entreprise créé
- Profil LinkedIn du dirigeant mis à jour avec la nouvelle activité
Les premières démarches commerciales
- Liste de 50 contacts prioritaires identifiés dans votre réseau (prospects potentiels, prescripteurs, partenaires)
- Message d'annonce de lancement rédigé et envoyé à votre réseau personnel et professionnel
- Premier devis ou proposition commerciale type rédigé
- Politique tarifaire définie et documentée
- Processus de relance des devis sans réponse établi
- Objectif de chiffre d'affaires pour les 3 premiers mois posé et décliné en nombre de clients ou de missions
Les aides à ne pas oublier
- Eligibilité à l'ACRE vérifiée et demande déposée auprès de l'URSSAF (exonération partielle de charges sociales la 1ère année)
- Eligibilité à l'ARCE vérifiée auprès de France Travail si vous étiez demandeur d'emploi
- Dispositifs d'aide régionaux identifiés via la CCI ou le site de votre région
- Prêt d'honneur envisagé (Initiative France, Réseau Entreprendre) si besoin de trésorerie initiale
- Eligibilité au NACRE (Nouvel Accompagnement pour la Création et la Reprise d'Entreprise) vérifiée
Les 90 premiers jours : ce qui ne peut pas attendre
Une fois l'activité lancée, plusieurs échéances se profilent rapidement :
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Dans le premier mois :
- Ouvrir un compte bancaire professionnel si pas encore fait
- Émettre les premières factures sans délai — la trésorerie est la survie des premières semaines
- Confirmer les premières missions ou commandes par écrit (bon de commande, devis signé)
Dans les 3 premiers mois :
- Réaliser le premier point de trésorerie prévisionnel à 12 mois
- Organiser la première réunion avec votre expert-comptable pour cadrer les obligations fiscales et sociales de l'année
- Valider que vos CGV sont bien remises et acceptées avant chaque première commande d'un nouveau client
Dans les 6 premiers mois :
- Premier bilan d'activité : le réel est-il conforme au prévisionnel ? Quels ajustements s'imposent ?
- Identification des premiers clients récurrents — ce sont eux qui sécurisent la trésorerie
- Décision sur les premiers investissements (matériel, recrutement, communication)
Rappel important : cette checklist est un cadre général. Certaines activités réglementées (professions de santé, BTP, transport, finance, alimentaire, etc.) sont soumises à des obligations spécifiques complémentaires. Vérifiez les exigences propres à votre secteur auprès de l'ordre professionnel ou de la chambre consulaire compétente.
Besoin d'aller plus loin ? Consultez notre comparatif des statuts juridiques ou notre guide sur les démarches d'immatriculation pour préparer votre dossier de création.
Disclaimer
Ces informations sont à titre indicatif. Consultez un expert-comptable, un avocat ou un conseiller juridique pour toute décision.