Le stage est souvent la première expérience professionnelle d'un étudiant — et pour l'entreprise, une opportunité d'accueillir un profil motivé sur une mission définie, à moindre coût. Mais le stage n'est pas un emploi déguisé à bas prix : il est strictement encadré par la loi, qui définit précisément les conditions d'accueil, les obligations de l'entreprise et les droits du stagiaire. Ce guide vous donne toutes les règles à respecter pour accueillir des stagiaires en toute conformité.
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Qu'est-ce qu'un stage ?
Un stage est une période de formation en milieu professionnel, réalisée par un étudiant dans le cadre de son cursus scolaire ou universitaire. Ce n'est pas un contrat de travail : le stagiaire n'est pas un salarié et ne peut pas être traité comme tel.
La convention de stage : le document fondateur
Tout stage doit être formalisé par une convention de stage tripartite, signée par trois parties :
- L'étudiant (et son représentant légal s'il est mineur)
- L'établissement d'enseignement (école, université, lycée professionnel)
- L'entreprise ou organisme d'accueil
La convention est obligatoire — sans elle, le stage est illégal. Elle précise notamment :
- Les dates de début et de fin du stage
- La durée hebdomadaire de présence
- Les missions confiées au stagiaire
- Le montant de la gratification si le stage dure plus de 2 mois consécutifs
- Le nom du tuteur pédagogique dans l'établissement et du maître de stage dans l'entreprise
- Les conditions d'interruption éventuelle
- Les avantages éventuels (tickets-restaurant, remboursement de transport)
Les conditions légales d'accueil
Un stage inscrit dans un cursus pédagogique
Le stage doit obligatoirement s'inscrire dans un cursus pédagogique. L'établissement d'enseignement doit l'avoir intégré dans sa maquette de formation. Un étudiant ne peut pas effectuer un stage dans n'importe quelle entreprise sans lien avec sa formation — l'établissement valide la cohérence.
La durée maximale
La durée totale d'un stage (ou de plusieurs stages successifs) dans la même entreprise ne peut pas dépasser 6 mois par année scolaire ou universitaire (soit environ 924 heures sur la base de 35h/semaine). Ce plafond s'applique même si le stagiaire change de service ou de mission.
L'interdiction de remplacer un salarié
Un stagiaire ne peut pas remplacer un salarié absent, occuper un poste permanent ou effectuer des tâches qui relèveraient d'un emploi régulier. Il ne peut pas non plus effectuer des tâches dangereuses sans encadrement adapté ni travailler de nuit, les dimanches et jours fériés (sauf dérogation dans certains secteurs).
Un recours abusif aux stages pour remplacer des emplois peut être requalifié en contrat de travail par les prud'hommes, avec toutes les conséquences financières que cela implique.
Le nombre de stagiaires par entreprise
La loi fixe des quotas maximaux de stagiaires simultanément présents dans l'entreprise :
- Entreprises de moins de 20 salariés : 3 stagiaires maximum en même temps
- Entreprises de 20 salariés et plus : 15 % de l'effectif arrondi à l'entier supérieur
Ces quotas s'entendent pour les stagiaires présents le même jour, pas pour le nombre total sur l'année.
La gratification : obligations et montants
Quand la gratification est-elle obligatoire ?
La gratification de stage est obligatoire dès que le stage dépasse 2 mois consécutifs (ou 2 mois non consécutifs sur la même année scolaire dans la même entreprise).
En dessous de 2 mois, le versement d'une gratification est facultatif (mais recommandé pour valoriser l'engagement du stagiaire).
Le montant minimal
Le montant minimal de la gratification est fixé par décret. En 2025, il s'élève à 4,35 € par heure de stage (15 % du plafond horaire de la Sécurité Sociale).
Pour un stage à temps plein sur 35h/semaine, cela représente environ 630 € brut/mois sur la base d'un mois de 4,33 semaines.
La convention collective applicable à l'entreprise peut prévoir un montant supérieur au plancher légal. Certaines branches (banque, assurance, presse) ont des minima conventionnels plus élevés.
Régime social de la gratification
La gratification bénéficie d'une exonération totale de cotisations sociales (patronales et salariales) dans la limite du seuil légal (4,35 €/heure en 2025). Au-delà, la fraction supérieure est soumise aux cotisations de droit commun.
La gratification est également exonérée d'impôt sur le revenu pour le stagiaire dans la limite du SMIC annuel.
Pour l'entreprise, la gratification est une charge déductible du résultat imposable.
Les avantages en nature
Même en dessous du seuil d'obligation, l'entreprise peut compléter la gratification par des avantages en nature :
- Accès à la restauration collective ou tickets-restaurant
- Remboursement de 50 % des transports en commun (obligatoire comme pour les salariés)
- Remboursement des frais professionnels engagés dans le cadre du stage
Les obligations de l'entreprise envers le stagiaire
Désigner un maître de stage
Chaque stagiaire doit avoir un maître de stage désigné dans l'entreprise — un salarié expérimenté qui l'accueille, l'encadre dans ses missions et assure le lien avec l'établissement d'enseignement. Le maître de stage n'est pas simplement un tuteur administratif : c'est un acteur clé de la formation du stagiaire.
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Ses responsabilités : présenter l'entreprise et ses équipes, définir et suivre les missions, répondre aux questions, organiser les évaluations intermédiaires et finales, rédiger ou valider l'attestation de stage.
Informer le stagiaire
À son arrivée, le stagiaire doit recevoir :
- Le règlement intérieur de l'entreprise
- Les consignes de sécurité
- Les informations sur les ressources et outils mis à disposition
- Le planning des missions prévues
Permettre l'absence pour les examens
Le stagiaire a le droit de s'absenter pour participer aux épreuves d'évaluation prévues dans son cursus (examens, soutenances, jurys). Ces absences ne peuvent pas être sanctionnées ni retenues sur la durée du stage.
Remettre une attestation de stage
À la fin du stage, l'entreprise doit remettre au stagiaire une attestation de stage précisant la durée du stage, les missions effectuées et les compétences développées. Ce document est indispensable pour la validation académique du stage.
Les droits du stagiaire
Le stagiaire, bien que non-salarié, bénéficie d'un ensemble de droits :
L'accès aux installations : le stagiaire a accès au restaurant d'entreprise ou aux titres-restaurant dans les mêmes conditions que les salariés, ainsi qu'aux activités sociales et culturelles du CSE.
Le respect du temps de travail : la durée de présence du stagiaire ne peut pas dépasser la durée légale du travail applicable dans l'entreprise (35h/semaine ou la durée conventionnelle). En cas de présence la nuit, le dimanche ou un jour férié, une dérogation préfectorale peut être nécessaire.
La protection en cas d'accident : le stagiaire est couvert par la protection sociale de son établissement d'enseignement pour les accidents survenus pendant le stage ou lors des trajets domicile-lieu de stage. Certaines entreprises souscrivent une assurance complémentaire.
L'interdiction de harcèlement et de discrimination : le stagiaire bénéficie des mêmes protections que les salariés contre le harcèlement moral et sexuel. Il peut saisir l'inspection du travail ou signaler à l'établissement d'enseignement tout manquement.
Le stage comme tremplin vers l'emploi
Un stage bien encadré est souvent la meilleure façon de préparer un recrutement. L'entreprise dispose de plusieurs semaines ou mois pour évaluer les compétences, l'attitude et l'intégration culturelle du stagiaire dans un contexte réel — ce qu'aucun entretien ne peut reproduire.
Les bonnes pratiques pour maximiser la valeur d'un stage :
- Confier des missions réelles avec un livrable concret (pas du photocopillage ou du café)
- Organiser des points réguliers avec le maître de stage (hebdomadaires au minimum)
- Inclure le stagiaire dans les réunions d'équipe pour lui donner une vision globale de l'activité
- Faire un bilan de mi-stage formalisé pour ajuster les missions si nécessaire
- Si l'expérience est concluante, ouvrir la discussion sur une suite possible (alternance, CDD, CDI) avant la fin du stage
La différence stage / apprentissage
La confusion entre stage et alternance (contrat d'apprentissage ou de professionnalisation) est fréquente. Les deux permettent d'accueillir des étudiants, mais ils diffèrent sur des points essentiels :
| Critère | Stage | Alternance |
|---|---|---|
| Nature juridique | Convention de stage (pas de contrat de travail) | Contrat de travail |
| Statut | Étudiant en formation | Salarié de l'entreprise |
| Durée maximale | 6 mois par an | 1 à 3 ans |
| Rémunération | Gratification (optionnelle < 2 mois) | Salaire obligatoire (% du SMIC selon âge) |
| Charges sociales | Exonération dans la limite du seuil légal | Exonérations spécifiques |
| Aides financières | Aucune | Jusqu'à 6 000 € la 1ère année |
| Objectif | Découverte et formation | Formation qualifiante + emploi |
Si votre besoin est permanent ou si vous souhaitez former un profil sur la durée, l'alternance est presque toujours préférable au stage.
Pour comparer les différentes options de recrutement, consultez notre comparatif des contrats de travail. Pour aller plus loin sur l'alternance, consultez notre page sur le contrat d'apprentissage.
Disclaimer
Ces informations sont à titre indicatif. Consultez un expert-comptable, un avocat ou un conseiller juridique pour toute décision.