Formation professionnelle

La formation professionnelle est l'un des investissements RH dont le retour est le plus difficile à mesurer — et pourtant l'un des plus réels. Une équipe qui monte en compétences est plus efficace, plus engagée et moins susceptible de quitter l'entreprise pour un concurrent qui lui offrirait des perspectives de développement. Le système français de formation professionnelle est généreux mais complexe : ce guide vous aide à en tirer le meilleur parti sans vous y perdre.

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Les obligations légales de l'employeur

Le maintien de l'employabilité

Tout employeur a une obligation légale de maintenir l'employabilité de ses salariés, c'est-à-dire de leur permettre de s'adapter aux évolutions de leur poste et d'être en mesure d'occuper un emploi, au besoin en évoluant. Cette obligation découle de l'article L. 6321-1 du Code du travail.

Elle se matérialise notamment par :

  • L'entretien professionnel obligatoire tous les deux ans pour chaque salarié (voir ci-dessous)
  • L'accès à des actions de formation adaptées aux évolutions du poste
  • La possibilité pour le salarié de mobiliser son CPF

La contribution à la formation professionnelle

Toute entreprise est assujettie à une contribution légale à la formation professionnelle, calculée sur la masse salariale brute. Son taux varie selon la taille de l'entreprise :

  • Moins de 11 salariés : 0,55 % de la masse salariale brute
  • 11 salariés et plus : 1 % de la masse salariale brute

Cette contribution est collectée par l'OPCO (Opérateur de Compétences) dont dépend l'entreprise selon son secteur d'activité. Une partie est mutualisée au niveau de la branche professionnelle, une partie est disponible pour financer les formations des salariés de l'entreprise.

Identifier son OPCO est la première démarche à effectuer. Les 11 OPCO en France sont organisés par branche professionnelle (OPCO EP pour l'éducation et la formation, ATLAS pour les services financiers et le conseil, Constructys pour le BTP, Akto pour les services de proximité, etc.). Le site mon-entreprise.urssaf.fr permet d'identifier son OPCO en quelques clics.

L'entretien professionnel

L'entretien professionnel est obligatoire tous les deux ans pour chaque salarié ayant au moins deux ans d'ancienneté. Il porte sur les perspectives d'évolution professionnelle — qualifications, emploi — et non sur l'évaluation de la performance (qui relève de l'entretien annuel).

Tous les six ans, un état des lieux récapitulatif doit vérifier que le salarié a bénéficié sur la période de :

  • Ses entretiens professionnels biennaux
  • Au moins une action de formation
  • Une progression salariale ou professionnelle

Si ces trois conditions ne sont pas remplies pour un salarié dans une entreprise de 50 salariés et plus, l'employeur doit abonder le CPF du salarié à hauteur de 3 000 €. Dans les entreprises de moins de 50 salariés, l'obligation de tenu des entretiens s'applique mais sans sanction financière automatique.


Le CPF (Compte Personnel de Formation)

Le CPF est un droit attaché à chaque salarié, alimenté tout au long de sa vie professionnelle. Depuis 2019, il est exprimé en euros (et non plus en heures).

Alimentation du CPF

  • 500 € par an pour les salariés à temps plein (au prorata pour les temps partiels)
  • 800 € par an pour les salariés sans qualification (n'ayant pas atteint un niveau CAP/BEP ou un diplôme professionnel de niveau supérieur)
  • Plafond : 5 000 € (8 000 € pour les salariés sans qualification)

Ces montants sont versés automatiquement par la Caisse des Dépôts et Consignations, sans démarche de la part du salarié ni de l'employeur.

Utilisation du CPF

Le salarié utilise son CPF de son propre chef, sans avoir à demander l'accord de l'employeur, pour financer des formations éligibles (diplômes, titres professionnels RNCP, certifications RSCH, bilans de compétences, préparation au permis de conduire, VAE).

Si la formation se déroule en dehors du temps de travail, l'employeur n'a pas à être informé. Si elle se déroule pendant le temps de travail, l'accord de l'employeur est requis.

L'employeur peut abonder le CPF de ses salariés pour financer des formations dépassant le solde disponible ou pour encourager des parcours de développement spécifiques. Cet abondement est déductible fiscalement.


Le plan de développement des compétences

Le plan de développement des compétences (anciennement plan de formation) est l'outil par lequel l'employeur organise les actions de formation qu'il juge nécessaires au développement de l'entreprise et à l'adaptation de ses salariés.

Ce que l'employeur peut financer via le plan

  • Les formations d'adaptation au poste de travail (obligatoires pour l'entreprise)
  • Les formations liées à l'évolution des emplois ou au maintien dans l'emploi
  • Les formations de développement des compétences (facultatives, à l'initiative de l'employeur)

Les formations du plan de développement des compétences se déroulent pendant le temps de travail (sauf cas spécifiques) et sont rémunérées normalement. L'employeur prend en charge les coûts pédagogiques, les frais annexes (transport, hébergement, restauration) et le maintien de salaire.

Construire son plan de formation

Un plan de formation efficace s'appuie sur trois sources :

  1. Les besoins identifiés lors des entretiens professionnels et annuels
  2. Les orientations stratégiques de l'entreprise et les compétences nécessaires pour les atteindre
  3. Les obligations légales (habilitations, certifications, mises à jour réglementaires)

Formalisez votre plan en début d'année, en priorisant les formations selon leur impact attendu sur la performance et en vérifiant les possibilités de prise en charge par votre OPCO avant d'engager les dépenses.

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Les dispositifs de financement de la formation

La prise en charge par l'OPCO

C'est le premier levier à activer. L'OPCO dont dépend votre entreprise dispose d'enveloppes de prise en charge pour les formations relevant de son champ. Les règles de prise en charge varient selon la taille de l'entreprise, la nature de la formation et les accords de branche.

Démarche : contactez votre OPCO avant de démarrer la formation pour obtenir un accord de prise en charge. Une formation démarrée sans accord préalable n'est généralement pas remboursée.

Pour les entreprises de moins de 50 salariés, les OPCO proposent souvent des offres de services spécifiques (catalogue de formations mutualisées, accompagnement en ingénierie de formation) qui permettent d'accéder à une offre de qualité à coût réduit.

La Pro-A (reconversion ou promotion par l'alternance)

La Pro-A permet à un salarié en CDI de suivre une formation en alternance pour acquérir une qualification supérieure, sans quitter l'entreprise. Elle est prise en charge par l'OPCO de branche et ne nécessite pas de CPF. C'est un outil particulièrement adapté pour faire évoluer un salarié vers un nouveau poste sans le perdre.

La VAE (Validation des Acquis de l'Expérience)

La VAE permet à un salarié de faire reconnaître officiellement les compétences acquises par l'expérience professionnelle, sans suivre une formation complète. Elle aboutit à l'obtention d'un diplôme, d'un titre ou d'un certificat de qualification professionnelle.

L'employeur peut soutenir la démarche VAE d'un salarié en prenant en charge les frais d'accompagnement et en accordant les congés nécessaires. La VAE est financée sur le CPF du salarié ou par le plan de développement des compétences.

Le FNE-Formation

Le FNE-Formation (Fonds National de l'Emploi) permet de financer des formations pour des salariés en activité partielle ou dont l'emploi est menacé par des mutations économiques. Il est activé en accord avec la DREETS (Direction Régionale de l'Économie, de l'Emploi, du Travail et des Solidarités) de votre région.


Bien choisir ses prestataires de formation

Les critères de sélection

Le marché de la formation professionnelle est vaste et hétérogène en qualité. Quelques critères pour sélectionner un prestataire sérieux :

La certification Qualiopi : depuis le 1er janvier 2022, seuls les organismes de formation certifiés Qualiopi peuvent prétendre à un financement par des fonds publics ou mutualisés (OPCO, CPF). Cette certification est un gage minimal de qualité des processus.

Les références et la spécialisation : un organisme spécialisé dans votre secteur ou sur le domaine de compétences ciblé produit généralement de meilleurs résultats qu'un généraliste. Demandez des références clients comparables à votre situation.

L'adaptation au contexte de l'entreprise : méfiez-vous des formations "catalogue" livrées sans adaptation. Les meilleures formations sont co-construites avec l'entreprise pour adresser ses enjeux spécifiques.

La modalité pédagogique : présentiel, distanciel, blended learning, e-learning. Chaque format a ses avantages selon la nature de la compétence à acquérir, les contraintes de l'entreprise et le profil des apprenants. Une compétence comportementale (leadership, gestion des conflits) s'acquiert mieux en présentiel ; une mise à jour technique peut se faire efficacement en e-learning.

Mesurer l'efficacité de la formation

La formation est un investissement — mesurez son retour. Le modèle de Kirkpatrick identifie quatre niveaux d'évaluation :

  1. La réaction : les participants ont-ils apprécié la formation ? (questionnaire de satisfaction en fin de stage)
  2. Les apprentissages : ont-ils acquis les connaissances et compétences visées ? (test ou mise en situation post-formation)
  3. Le transfert : appliquent-ils ce qu'ils ont appris dans leur travail quotidien ? (observation à J+30 et J+90)
  4. L'impact : la formation a-t-elle produit un résultat mesurable pour l'entreprise ? (indicateur de performance avant/après)

Les niveaux 3 et 4 sont rarement évalués en pratique — c'est pourtant là que se trouve la vraie valeur de la formation.


Pour construire votre plan de formation annuel, consultez notre page sur les entretiens professionnels et annuels. Pour identifier votre OPCO et les aides disponibles dans votre secteur, rendez-vous sur le site de votre OPCO ou contactez la CCI de votre région.

Disclaimer

Ces informations sont à titre indicatif. Consultez un expert-comptable, un avocat ou un conseiller juridique pour toute décision.